Le principal chef de l'opposition Tundu Lissu au tribunal à Dar es Salaam, Tanzanie, le 19 mai 2025 ( AFP / ERICKY BONIPHACE )
Le principal chef de l’opposition en Tanzanie, Tundu Lissu, détenu depuis 19 mois, ne sera pas condamné à mort car la justice l'a innocenté du chef d'accusation de trahison, mais il devra passer quatre ans en prison pour "incitation" à la violence.
Opposition et défenseurs des droits humains dénoncent l'intimidation et la répression croissantes des voix critiques en Tanzanie, notamment après l'élection fin octobre 2025 de la présidente Samia Suluhu Hassan, lors d'un scrutin marqué par une contestation réprimée dans le sang.
"Le tribunal est convaincu que l’accusé a commis l’infraction d’incitation et le déclare coupable à ce titre", a déclaré le juge Dunstan Ndunguru lors du prononcé du verdict.
"A travers ses déclarations, l’accusé avait l’intention de perturber les élections et d’inciter à la violence", a-t-il justifié.
"Nous vous condamnons à quatre ans de prison, mais les portes restent ouvertes pour un appel", a encore affirmé le juge Ndunguru.
Tundu Lissu, 58 ans, président de Chadema, principale formation de l'opposition face au parti CCM qui dirige la Tanzanie depuis son indépendance, a dénoncé une "persécution politique". "On a inventé des prétextes pour m’emprisonner", a-t-il lancé depuis le tribunal.
"Je n’ai pas été poursuivi pour incitation, mais vous, les juges, me condamnez pour cela uniquement pour impressionner la personne qui vous décerne vos titres", a-t-il encore regretté, accusant les magistrats d'obéir à des "directives".
L'opposant avait été arrêté en avril 2025 après avoir déclaré que Chadema entendait "bloquer les élections par la confrontation" si le système électoral n'était pas réformé.
Chadema a finalement été exclu des élections d'octobre 2025 après avoir refusé de signer un nouveau "code de conduite électorale" qui, selon lui, n'incluait pas les réformes qu'il exigeait.
"Jour sombre"
Présent au tribunal, Patrick Mahona, un sympathisant de Chadema, s'est dit "heureux" que Tundu Lissu ait, selon lui, "remporté" son procès pour trahison, mais il a qualifié de "décevant" le fait qu'il ait été condamné pour "une infraction qui ne figurait même pas dans l'acte d'accusation".
"C'est un jour sombre pour l'état de droit et la bonne gouvernance en Tanzanie", a de son côté observé Ado Shaibu, le secrétaire général d'ACT-Wazalendo, parti d'opposition qui n'avait également pas pu participer aux scrutins présidentiel et législatif du 29 octobre 2025.
La Tanzanie avait ensuite sombré dans plusieurs journées d'une contestation populaire violemment réprimée.
Des milliers de personnes, parfois complètement étrangères aux protestations, avaient été tuées, selon des défenseurs des droits humains. Une commission d'enquête nommée par le gouvernement, jugée partiale par l'opposition, a pour sa part dénombré 518 morts.
La présidente Samia Suluhu Hassan avait, elle, remporté 98 % des suffrages de ces élections jugées frauduleuses par des observateurs internationaux.
Chadema avait exhorté ses partisans à se mobiliser massivement vendredi pour l’annonce du verdict. Dans un communiqué publié mercredi, la police, très présente dans le centre de la capitale économique Dar es Salaam, avait toutefois mis en garde "ceux qui veulent organiser un coup d’État".
L’affaire marque le troisième procès pour trahison très médiatisé dans l’histoire de la Tanzanie continentale. Les deux premiers, dans les années 1970 et 1980, concernaient des accusés soupçonnés de comploter pour renverser et assassiner le président fondateur du pays, Julius Nyerere (1922-1999).
Tundu Lissu avait survécu en 2017 à une tentative d’assassinat au cours de laquelle il avait reçu 16 balles. Les blessures reçues lors de l'attaque, qu'il avait jugée politiquement motivée, ont nécessité près de 20 opérations chirurgicales.
Dans sa plaidoirie finale, M. Lissu, qui s'est défendu lui-même pour son procès, avait exhorté le collège de trois juges présidant son affaire à faire preuve de "courage et dignité".
"J’espère que vous assumerez ce lourd fardeau historique sans parti pris", leur avait-il lancé.

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